Portrait

23 avril 2017

François Sylla ou le goût d’entreprendre

François Sylla, co-fondateur de Source LAB

iKAIO pour accélération par laser d’ions. Les versions eKAIO et KAIO-X complètent cette série d’accélérateurs « Smart » compacts pour applications sociétales de la technologie laser plasma.

 

Contact :

François Sylla

E-mail : sylla@sourcelab-plasma.com

Web : www.sourcelab-plasma.com

 

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A ceux qui s’étonnent d’apprendre qu’il a créé sa première entreprise en Guinée alors qu’il avait tout juste seize ans et était encore élève au lycée français Albert-Camus de Conakry, en Guinée, François Sylla, né au Togo d’un père guinéen et d’une mère polonaise, répond aussitôt, non sans une certaine malice : « C’est très naturel d’entreprendre quand on grandit dans un pays d’Afrique de l’Ouest, aussi naturel qu’ici en France de choisir la fonction publique ». Hélas, faute d’un état fort et en l’absence de structures qui pourraient les prendre en charge, beaucoup de citoyens d’un pays comme la Guinée se lancent alors dans une aventure « qui trop souvent, par manque de compétences, prend le visage d’un affairisme opportuniste ambitieux », regrette-t-il.

 

La dorade rouge est un poisson très prisé. En outre, il s’exporte. Qui plus est, des pêcheurs expérimentés, réfugiés de la Sierra Leone, alors en guerre, ne demandent qu’à travailler. Pour François Sylla, tous les ingrédients semblent donc réunis pour se lancer dans l’aventure de la création d’une entreprise en compagnie d’un cousin, d’autant plus que cet adolescent dispose alors de 5 000 dollars offerts par ses parents. Une barque est construite, du personnel embauché, l’affaire commence à tourner, mais le temps vient vite à manquer à ce jeune entrepreneur, ses études en monopolisant de plus en plus. Qu’à cela ne tienne, il vend l’entreprise et, baccalauréat en poche et bourse d’étude obtenue de l’Agence pour l’Enseignement du Français à l’Etranger (AEFE), il prend la direction de la France et s’installe à Lyon pour y entamer une préparation aux grandes écoles dans le lycée du Parc.

 

De l’ESPCI à l’X en passant par l’Imperial College London

 

Deux ans plus tard, il monte à Paris, rejoindre au cœur du Quartier Latin, rue Vauquelin, la très réputée Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la ville de Paris, autrefois fréquentée par les Curie, Pierre et Marie, mais aussi Frédéric Joliot-Curie et, plus récemment Pierre-Gilles de Gennes, qui en fut le directeur, et Georges Charpak qui y dispensait des cours. Au sein de ce prestigieux établissement, il s’intéresse aux lasers et à la physique des plasmas, se passionne pour l’optique, et décroche son diplôme d’ingénieur, avant de reprendre son périple universitaire en direction de l’Angleterre. Il s’installe alors dans les murs d’un autre établissement réputé, l’Imperial College London, afin d’y faire un master et « apprivoiser » un peu plus les lasers au sein d’un département considéré alors comme l’un des meilleurs au monde dans ce domaine. Il y rencontre Antonin Borot, un jeune polytechnicien, de la promotion 2003, qui souhaite faire ensuite une thèse dans le non moins réputé Laboratoire d’Optique Appliquée (LOA), une Unité Mixte de Recherche de l’Ecole polytechnique, du CNRS et de l’ENSTA Paris Tech.

 

Partageant des idées communes quant à la suite de leurs études, « nous voulions faire de l’optique relativiste », quelques mois plus tard François et Antonin se retrouvent sur le plateau de Saclay, au cœur du campus de l’école Polytechnique, dans le cadre de leur thèse, avec pour objectif de « concevoir des sources de particules et de rayonnement, avec en particulier pour François celui de travailler au développement d’un accélérateur de particules compact permettant de brûler les tumeurs cancéreuses ». Ce que les spécialistes appellent hadronthérapie occupe de nombreux centres de recherche dans le monde. Et dans cette compétition internationale à laquelle participent les chercheurs du LOA, la technologie laser-plasma semble être « une solution très pertinente ». Mais si François ne ménage pas ses efforts, il ne parvient pas pour autant à faire de l’accélération d’ions telle qu’il l’envisageait initialement. Toutefois, les nombreux développements réalisés jusque là sur les cibles d’interaction par l’un et l’autre et les innovations qu’ils ont permis les conduisent à concevoir un dispositif unique en son genre. Baptisé depuis KAIO (Kit All In One), cet « émulateur de synchrotron », comme ils l’appellent, est en fait un synchrotron miniature, autrement dit un outil permettant d’accélérer des particules élémentaires afin de produire des faisceaux aux propriétés inédites.

 

Création de Source LAB et émergence de KAIO

 

Dans ces conditions, pourquoi ne pas créer une entreprise, d’autant plus que les deux doctorants disposent déjà de briques fonctionnelles à partir desquelles ils pourront à terme proposer un prototype à d’autres laboratoires dans le monde qui n’auront plus qu’à venir le fixer sur leurs propres installations. C’est en 2012 que germe l’idée, une année riche en événements pour François Sylla qui décroche en effet le prix thèse de Paris Tech et se retrouve lauréat du Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes dans la catégorie « émergence », concours dont il est à nouveau lauréat l’année suivante, cette fois-ci en « Création-Développement ». 2013 est également une très belle année, puisqu’il décroche un prêt d’honneur de Scientipole Initiative et que Source LAB voit officiellement le jour en juillet. Cofondée avec Antonin Borot, Aurélien Ricci, un autre polytechnicien docteur de l’X, et Guillaume Bouchon, ingénieur ISAE-SUPAERO diplômé d’ingénierie des affaires, cette start-up regroupe donc une belle brochette de compétences qui se complètent parfaitement. Nouveau succès en 2014 pour François Sylla qui remporte le prix Norbert Segard dont l’objectif est de promouvoir et de stimuler la création d’entreprises technologiques innovantes à caractère industriel sur le territoire français par de jeunes ingénieurs ou docteurs.

 

Depuis, Source LAB, qui dispose par ailleurs d’un solide comité stratégique au sein duquel siège notamment le professeur Jacques Lewiner, directeur scientifique honoraire de l’ESPCI, a embauché ses premières recrues et poursuit ses développements et ses opérations de prospection concernant en particulier son accélérateur compact smart KAIO, une première vente étant envisagée cette année, sans doute en Asie. Parallèlement, cette entreprise commercialise depuis 2013 des composants nécessaires à l’interaction laser-plasma, que son équipe maîtrise et a soigneusement sélectionné pour ses clients afin de faire entrer l’argent indispensable à son fonctionnement et ses développements. Ainsi Source LAB construit actuellement en Hongrie la plus puissante ligne de lumière attoseconde, cette dernière correspondant au milliardième de milliardième de seconde ! « Nous avons choisi en effet de ne pas aller chercher des investisseurs et d’ouvrir le capital », indique François Sylla qui rappelle par ailleurs qu’une jeune entreprise telle que Source LAB ne peut pas vivre et se développer sans un tissu conjonctif, en l’occurrence l’école Polytechnique et l’ENSTA Paris Tech, « ces deux grandes écoles qui nous soutiennent et sans l’aide desquelles nous n’aurions sans doute rien pu faire », souligne-t-il. D’ailleurs, les responsables de ces deux grands établissements sont enchantés qu’une de leurs technologies soit proposée à d’autres laboratoires dans le monde et sur d’autres marchés prometteurs.

 

Convaincre des clients potentiels, le travail essentiel

 

Ainsi KAIO devrait d’abord être adopté par différents laboratoires de physique dans le monde, mais intéresser également le secteur militaire et celui du nucléaire, en particulier pour la radiographie industrielle. « Avec ce type de dispositif, moyennant quelques adaptations, ses utilisateurs vont pouvoir faire ce qu’on appelle de l’imagerie à contraste de phase, une technologie qui permet de voir des objets transparents », explique François Sylla. D’où la possibilité alors d’observer de très petits objets transparents, très fins, comme les élytres d’un insecte et, bien sûr, de détecter les tumeurs cancéreuses à un stade très précoce. Mais là, il faudra sans doute attendre 2025 pour voir des solutions proposées sur le marché. Pour l’heure, il reste à convaincre les clients potentiels d’investir quelque 100 000 dollars dans une machine de ce type. « Un travail essentiel », selon ce jeune entrepreneur, l’aboutissement de toute une démarche, d’autant plus difficile que « nous n’y avons pas été préparé en particulier durant notre formation d’ingénieur », estime-t-il, regrettant que l’on mette encore trop souvent l’accent sur la création d’entreprise et pas assez sur la façon de la structurer, de la faire vivre, de vendre les produits fabriqués et de lui donner un destin. « C’est cela la véritable démarche d’un entrepreneur et c’est autrement plus difficile que de monter des projets », conclut-il.

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